Pourquoi
aller à Santiago de Compostelle ?
Saint-Jacques, c’est mystérieux.
On n’est absolument pas sûr que ses reliques reposent à Santiago de Compostelle.
Et pourtant, on se sent attiré par ce lieu, le merveilleux qui y est associé dans
notre imaginaire :"Compostelle" : cela ‘sonne’ bien, résonne dans
ma tête.
En subliminal, un champ d’étoiles, visibles en …plein jour ? ! Quelque chose
d’invisible qui, là-bas, pourrait devenir palpable, se matérialiser.
Je ne pense pas à un lieu funéraire, à un ‘cimetière’ (‘compostum’), mais à une
transformation, une reconstruction.
"Santiago” : l’apôtre proche du Christ, prêt à tout pour Lui, capable de
se battre et qui apprendra, petit à petit, jusqu’où Jésus veut l’emmener.
En se mettant en marche vers la Galice, le pèlerin est le Frère de Jacques.
Il ne sait pas ce qui l’attend, mais dans son cœur, il aspire à un changement,
découvrir quelque chose d’enfoui en lui, qui ne peut sortir qu’au bout de
longs jours de marche, de questions sur sa vie passée ; et c’est vrai que
tout revient au fil des kilomètres de chemin, de forêts, des peurs ressurgissent,
des demandes d’aide, des prières apprises il y a longtemps ou que l’on s’invente
sur le moment. Peu à peu l’on découvre un nouveau sentiment qui devient certitude
: « confiance », il ne peut rien t’arriver, abandonne-toi , Saint Jacques
marche avec toi, il te conduit à Jésus et tu ne sens plus ton sac et la fatigue,
tu enchaînes tes prières et les kilomètres…
Le soir, tu retrouves des compagnons, tu reconnais chez certains
ce qu’ils
ont pu vivre, leur recherche et leurs questions, la force qui les anime,
la joie sur leur visage. On a accompli un bout de notre chemin vers quelque
chose qui nous dépasse. Une part de vide que l’on a en soi a été comblé,
la fraternité du gîte, du repas partagé consolide ce début de transformation
ou de construction qui va grandir jour après jour. Des jours ‘sans’ aussi
! où l’on n’a pas avancé dans sa tête malgré les km, où l’on n’est pas content
de soi ; j’ai continué ma route, pas voulu attendre tel pèlerin fatigué,
je n’ai pas pris du temps pour l’aider ou simplement l’écouter, qu’il se
débrouille…
Sur ce chemin, il y a une « énergie » latente, disponible pour chacun. Pour
moi, le fruit des prières des milliers de pèlerins passés aux mêmes endroits.
Et par moments, ma prière est totalement en accord, entre comme en résonance, ‘mon âme
craque de prières’ (chant de pèlerin). J’éprouverai plus tard comme une dilatation
du cœur, une chaleur qui irradie, un bien-être chaleureux, intense et paisible.
Comment les retrouver ? La soif de l’eau vive…
L’arrivée à Santiago : une joie profonde, très intérieure, dans tout le corps
aussi, toutes les cellules ! Me voici, Santiago. Merci de ton aide, de m’avoir
conduit jusqu’à toi, jusqu’à mon Seigneur.
Et il me semble que Tu souris aussi intérieurement : te voilà petit bonhomme,
je t’aime d’avoir répondu à l’appel, de t’être lancé sur le chemin, d’avoir
continué jour après jour cette marche. Cela a été ton chemin d’initiation,
il faut maintenant continuer ta recherche, aller vers tes frères, leur en
parler, leur dire que c’est possible. Celui que tu as rencontré vous attend
avec patience, prêt à vous aider, à faire émerger de vous ce qui est au fond
du cœur et que l’on n’ose pas laisser sortir.
'Et si c’était vrai’ chantait, à ses débuts, Brel (Jacques !).
C’est vrai.
Paul
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La
dimension humaine et spirituelle du chemin.
Le chemin... Qu’est-ce que c’est ?
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Un texte trouvé dans l'Eglise de
Triacastela:
La dimension humaine et spirituelle du chemin. Le chemin... Qu’est-ce que c’est
?
Cela va dépendre de celui qui l’entreprend :
Pour l’un ce sera un parcours sportif. Pour un autre ce sera des vacances culturelles
sur un itinéraire balisé. Pour un autre encore ce sera un moyen de recherche
spirituelle ou personnelle...La réponse précise à une interrogation personnelle.
Pour un dernier cela pourra être une recherche religieuse.
Une chose est certaine, tout ce que l’on peut avoir rêvé sur le Camino se révèle
faux ou différent.
Le " Camino " est lui-même vivant et dicte sa loi.
Il va être le révélateur de votre " moi " :
Par les rencontres de tous les frères du monde entier que l’on côtoie sur le
chemin ou dans les refuges.
Par les limites que ton corps t’impose malgré toi.
Le " Camino " t’oblige à faire la part de ce que l’on dit et de ce
que l’on peut faire.
Il va approfondir chez le croyant sa foi en Jésus et dans les Saints et lui donner
une idée plus juste de ses défauts et de ses vertus.
En tout état de cause le chemin est UNIVERSEL car sacré. Il fait partie de la
culture de l’humanité.
Pour le prêtre que je suis, j’aimerais que les gens soient plus vertueux. Qu’ils
fassent moins de fautes à tout propos. Que lorsqu’ils se trompent ils apprennent à se
corriger. Qu’ils croient par amour et non par crainte. Car si vous avez peur
vous ne pouvez pas aimer. Que pour vous la foi ne soit pas un fardeau mais une
libération. Je souhaite que votre itinéraire sur le chemin apporte dans votre
vie toutes les choses que vous cherchez. Que les signes, les marques du " Camino " restent
pour vous les limites dans votre vie de tous les jours.
Afin que vous, les " Jacquets du Camino ", travailliez à faire un monde
meilleur.
Voilà l’adresse si vous voulez écrire une carte postale.
Le prêtre :
Augusto Losada Lopez
Parroco de Triacastela
E 27630. Lugo. Espana
Courriel : triacastela@yahoo.es
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Poussière,
boue, soleil et pluie |
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Poussière, boue, soleil et pluie
C'est le chemin de Saint-Jacques
Des millions de pèlerins
En plus d'un millier d'années
Pèlerin qui t'appelle ? Quelle est
Cette force obscure qui t'attire
Ni le champ des étoiles
Ni les grandes cathédrales.
Ce n'est pas la bravoure navarraise
Ni le vin de ceux de la Rioja
Ni les fruits de mer des Galiciens
Ni les champs Castillans
Pèlerin qui t'appelle ? Quelle est
Cette force obscure qui t'attire ?
Ni les gens du chemin
Ni les coutumes rurales
Ce n'est pas l'histoire et sa culture
Ni le coq de la Calzada
Ni le palais de Gaudi
Ni le château de Ponferrada
Tout cela je le vois au passage
Et ce m'est une joie de tout voir
Mais la voix qui, moi, m'appelle
Je la ressens au plus profond.
La force qui, moi, me pousse
La force qui, moi, m'attire,
Je ne sais même pas l'expliquer
Seul celui d'en haut le sait.
Eugène Garibay Banos
Curé d'Hormillejas
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A la Croisée
de "mon" Chemin
à pied
en 1998, du Puy à Compostelle,
à vélo
en 1999, avec "Arte", du Puy à Compostelle
puis, à pied,
de Lyon au Puy en 2001
enfin,
avec le car de "Philomène" et ses quarante passagers
de Lyon à Santiago en 2002.
C'est
le chemin que j'ai suivi jusqu'à aujourd'hui. Me voici
donc à nouveau sur ce merveilleux chemin,
cette fois-ci, de Genève au Puy.
Mais, pélerin,
que cherches-tu ?
J'allais
de Genève à la rencontre de l'Amitié et j'y trouvais mes
Amis Suisses, Joël et Antoine, les compagnons que j'avais "abandonnés"un
soir de 1998 à St Jean Pied de port...De là, nos étapes
s'étaient distancées car mes Amis avaient dû répondre à l'appel,
bien légitime, d'un devoir conjugal, qui devait les "clouer
au lit", l'espace d'une "nuitée", peut-être
le 9 mai 1998 ?.
J'allais aussi à Genève
accompagner Brigitte, fidèle de "Philomène de Lyon" et à son "expérience
motorisée", souhaitant cheminer un bout de chemin
avec un "vrai" pélerin, à pied...mais une grippe
brutale...la cloua, elle-aussi, au lit, au terme de la
deuxième étape !
Dommage pélerine ! mais je suis certain que tu reprendras,un
jour, ton propre Chemin.
Comme nous, pélerins,
tu apprendras à faire la différence avec notre cheminement
de chaque jour, jour aprés jour, avec ou sans la grippe,
avec ou sans la pluie, avec ou sans les cailloux......tu
sauras, enfin , faire la différence avec " vu à la
télé ", même si, ce jour-là, tu regardais un cycliste, ébahie,
sur Arte, un soir de 1999 , faisant ainsi renaître ton
désir intense de repartir sur le chemin : la décision que
tu prendras en accord avec toi-même et ceux que tu aimes,
sera la bonne.Tu prendras ton sac, tu oublieras la veille,
tu marcheras avec tes bleus à l'âme, tu partageras ta joie
de vivre avec ceux avec qui tu feras un bout de chemin
et qui resteront à jamais Tes Amis..., mais tu resteras
seule maître de ta décision, ce sera là Ta Différence.
Mais, quelle est donc
cette différence?
Le pélerin marche Seul, à pied,
loin de son domicile.
C'est, en tout cas,
l'une des raisons qui le poussent à se mettre en route
pour ce voyage vers le Coeur, qui est Son Propre Pélérinage
Intérieur.
Le pélerin ne se suffit plus de manger, dormir,
gagner, dépenser de l'argent...
il
désire Aimer,
Croire, Partager...
Sur son
chemin, il dresse pas à pas, presque naturellement, le
Bilan de sa vie, de ses relations avec l'Autre, de ses
erreurs, de ses vanités et aussi de ses envies profondes.
Le pélerin
part à la rencontre de Lui-Même, on peut appeler celà la " quête
du sens ". Il accomplit un rite: il pourra alors rentrer
chez Lui la conscience en paix,
mais
, n'y a-t-il pas un autre pélerin ?
un autre pélerin qui, au terme de son pélérinage, ne peut être
satisfait ?
Il a découvert
une autre réalité qu'il ne soupçonnait pas, et c'est alors,
sur le chemin mystérieux, que ses pas le guideront à nouveau:
On dira de lui qu'il s'est effectivement "mis en route" et
qu'il aura renonçé définitivement, ou l'espère-t-il, à ses
drogues habituelles qui l'emmuraient dans une vie sédentaire
trop ordinaire; en quelque sorte, ses pensées étaient à l'étroit.
En observant bien les compagnons rencontrés depuis mon initiation
en 1998, nombreux sont ceux qui, un jour, se mettent en route,
mais peu sont ceux
qui persévèrent jusqu’au bout de leur chemin. Ceux-là tenteront des aventures
aussi belles que respectables. On dira d’eux qu’ils ne seront pélerins que
le temps de leur chemin mais, en fait, ils ne seront que "voyageurs".
Voilà la différence fondamentale qui me décide définitivement à larguer le
vélocipède sur le côté de mon chemin, le temps d’explorer l’itinéraire de
Genève vers Arles, oû je poserai mes jalons et j’observerai :
SANTIAGO, à l’Ouest
…via
Rome
JERUSALEM, à l’Est
mais,
juste avant Le Grand Départ, il me faudra retourner à mes
Sources…à mes Racines charollaises, retrouver Cluny,
ses Moines bâtisseurs et précurseurs sur le ‘’Camino
Francés’’, et enfin, au loin, imaginer que le Mont Sinaï m’attend
! ! !
ICI
SERA LA CROISEE DE MES CHEMINS VERS LA PAIX ET VERS L’AMOUR
Mais,
pèlerin de quelle paix, de quel amour parles-tu ? …le
sais-tu ?...
Alors tu rêveras avec le poête chinois LI BO : ‘’comme les fleurs de mon
pêcher,
Mes pensées sont parties se promener vers d’autres climats, vers d’autres
terres,
Qui ne sont pas du monde des hommes’’.
On dira du pèlerin : CELUI QUI ATTEINT L’AUTRE RIVE
Mais pèlerin…QUI T’ATTEND ? et SERAS-TU PRET ?
Paul,
25 Juillet 2002
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à : Chicco, le chien
causeur !...
venu ‘’à pattes ‘’ d’Allemagne avec Christoph, son maître,
à : Brigitte, en chemin, et
nos Amis Suisses Antoine et Joêl.
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4 AVRIL
2004
Comme il l'a promis, Paul est parti en ce jour des Rameaux 2004,
de son domicile à Saint Genis Laval.
Il passera par son Charolais natal rejoindre Saint Jacques
de Compostelle, puis via Rome, il rejoindra Jérusalem.
Le Sinaï l'attend...
Ultreïa
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Un
prêtre sur le Chemin de Compostelle
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Chemins
de Compostelle :
Te souviens-tu comment a commencé toute cette affaire
?
Le pèlerin : Ça remonte à février 1999 quand on m'apprend
par la voix du Vicaire épiscopal que je dois changer d'affectation après 19
années passées dans le même poste. Alors, des confrères me posent des questions
: "Tu ne penses pas à un temps de recyclage, un temps sabbatique ? A ton âge...
tu as 65 ans !". Des questions que je laisse sans réponse. Puis un jour
que je ne saurais dater, j'entends une personne dire : "Moi, à la retraite,
je partirais bien sur les chemins de Compostelle." Ça y est, le déclic était
fait, je venais de trouver mon temps sabbatique !
Voilà ce que j'ai marqué sur la première page de
mon cahier de bord.
Envie d'un break, d'un temps de rupture après tout juste 40 ans de ministère.
65 ans d'âge et un changement géographique : importance de
faire le point.
II m'est revenu beaucoup en mémoire ce que j'avais entendu quelques années
plus tôt au cours d'une rencontre de prêtres du diocèse sur !'importance de
la préparation à !'âge de la retraite ( pour les prêtres, 75 ans). Et j'avais
entendu deux expressions fortes et en même temps amusantes : « Je me demande
parfois si les prêtres ont un corps. » Et la seconde : " « Vous les prêtres,
il faut vous guérir de la générosité sacerdotale. » Des boutades sûrement,
mais qui ont fait partie de mes interrogations et de mes motivations
.
Chemins de Compostelle: Des interrogations, dis-tu ?
Le pèlerin : Oui, est-ce que j'existe encore
en l'absence de tâches pastorales? Alors, j'avais envie d'exister
deux mois, sans souci de tâches pastorales... me prouver
que j'avais bien un corps... et exister toujours comme prêtre.
Mais d'autres motivations aussi
Motivation humaine : me lancer un défi, découvrir ce que ça peut produire en
soi de vivre deux mois avec seulement un sac à dos.
Motivation religieuse aussi : me mettre sur les pas d'un des
douze apôtres, même si lui n'y a jamais mis les pieds.
Un temps gratuit pour être face à moi-même, face à Dieu.
Et en final... une envie de me faire plaisir!
Chemins de Compostelle : Te voilà donc parti, fin mai. Et
seul.
Le pèlerin : J'avais toujours envisagé de
marcher seul, pour une plus grande communion à la nature,
et vivre ce périple dans un esprit de pèlerinage. Première
impression : une grande liberté. Plus d'angoisse de coups
de fil qui vont m'annoncer des funérailles, plus d'agenda,
plus de clés sur soi : le sentiment d'être dans un autre
monde.
Chemins de Compostelle: Bref, un bonheur
sans nuage ?
Le pèlerin : Jusqu'au matin du deuxième
jour seulement. Quelle joie au départ, je me sentais frais
comme si je n'avais pas marché la veille, heureux... trois
heures plus tard, sur un petit sentier, de l'herbe et des
cailloux encore pleins de rosée, mon pied gauche part en
avant, je glisse, gros effort musculaire pour tenter de me
rétablir, j'entends un claquement dans la cuisse, je chute
en criant, désespéré : "C'est fini!"
Je te passe le détail des petits soins à ma portée. Le lendemain, tout en ayant
très mal, je décide de continuer. 12 kilomètres qui me mèneront jusqu'à Saugues.
Là je vois une pharmacienne : Si vous pouvez marcher, marchez, mais ce sera
plus long à guérir." Ouf, j'étais sauvé, je pouvais continuer. Mais pas
sans plusieurs alertes au cours desquelles j'ai toujours rencontré un envoyé de
mon ange gardien.
Chemins de Compostelle: Un envoyé dis-tu
?
Le pèlerin : Comment dire autrement ? C'était
sûrement lui, mon ange gardien, qui m'avait fait tomber pour
me faire savoir à sa manière que j'étais en train de me tromper
de chemin. En tout cas, c'est lui que j'ai rendu responsable
et que j'ai insulté de ce mauvais coup. Eh bien il m'a entendu
et il s'est racheté à plusieurs reprises. Ainsi j'ai eu un
jour de vives douleurs sous !a plante des pieds, à la hauteur
des orteils. II s'est trouvé un de mes compagnons de route,
orthopédiste de métier, qui m'a ausculté et fabriqué en quelques
minutes des semelles orthopédiques avec des moyens de fortune,
carton, colle, morceau de plastique. J'ai pu continuer, le
poids de mon corps ne portant plus sur la partie douloureuse.
Moralité : même si vous ne croyez guère aux anges gardiens,
n'ayez pas peur de les engueuler, c'est un langage qu'ils
comprennent
Chemins de Compostelle: Alors, finis les
ennuis ?
Le pèlerin : II est vrai que c'est seulement
le 33 ou34éme jour de marche que je me suis dit « ça y est,
cette fois je ne ressent plus de petites douleurs nulle part ».
Mais celles-ci n'étaient rien par rapport au bonheur d'être
sur le chemin.
Je me souviens d'avoir répondu à un journaliste qui m'avait demandé si je n'avais
jamais eu envie de m'arrêter: Sincèrement non. Du stress, j'en ai eu avant
de partir, me réveillant le matin en me disant "tu es fou d'avoir imaginé ça,
et tu vas avoir l'air malin si tu reviens au bout de quelques jours, etc...
Je me disais aussi que sur le chemin, certains partent non croyants et deviennent
croyants... moi, peut-être que ce sera l'inverse.
Chemins de Compostelle : Et alors ?
Le pèlerin : Je crois en Dieu créateur.
C'est le début du credo récité chaque dimanche. Une phrase
qui pour moi a repris du sens: la marche solitaire produit
une communion plus forte à la nature. Combien de fois je
me suis surpris à dire : mon Dieu quelle est belle notre
planète, quel cadeau cette création !
Est-ce le fait de la marche en solitaire, un besoin de ne
pas me sentir seul ? peut-être mais il est vrai qu'au départ matinal, je n'avais aucune peine à prier
au sein de la nature. A ceux qui me doublaient, je disais "Moi, je marche à mon
rythme". Et cette expression prenait aussi une portée symbolique pour
me dire " comment vivre son ministère à un autre rythme, quand les 70
ans se profilent à l'horizon ?"
Chemins de Compostelle: As-tu été parfois
reconnu comme prêtre.
Le pèlerin : Rarement, mais les pèlerins
ont apporté beaucoup au prêtre que je suis. Je me suis mis,
moi aussi, à « marcher pour » ; j'ai essayé de n'oublier
personne. Et même un jour, quelqu'un m'a dit "Est-ce
que tu marches aussi pour ceux que tu n'aimes pas ?" Merci
pour la question.
Je me suis senti porté aussi par ceux qui m'ont dit « on part avec toi » et
tous ceux qui, en France surtout, posaient des actes de solidarité envers nous.
Chemins de Compostelle : Par exemple...
Le pèlerin : Sur le chemin proche d'habitations,
un banc et sur ce banc une glacière avec un écriteau s'adressant
aux pèlerins: "Dans la glacière, des boissons fraîches
et des fruits » Un autre ? La montée du col de Ronceveaux
est particulièrement longue, et l'on marche souvent sur le
goudron. Soudain une voiture s'arrête à ma hauteur "voulez-vous
de l'eau?" Un homme venait une fois par semaine de Saint-Jean-de-Luz
avec 50 litres d'eau dans sa voiture pour ravitailler les
pèlerins, sachant que les points d'eau sont rares sur ce
morceau de chemin.
Chemins de Compostelle : Qu'est-ce que le
chemin t'a apporté ou changé pour toi ?
Le pèlerin : Ce qu'il m' apporté ? Du bonheur.
Heureux d'avoir réalisé l'objectif de départ, c'est humain.
Heureux de cette solitude dans la marche. Heureux de toutes
les richesses des rencontres, de découvrir et partager des
motivations très diverses, mais chez tous la recherche d'une
vérité sur leur vie, d'une force, d'une vie spirituelle.
Ce désencombrement de deux mois m'invite maintenant à un autre regard sur la
vie, sur les gens, sur le monde et l'Eglise avec plus de sérénité. Et souvent
maintenant je me pose la question : Qu'est-ce qui est essentiel ?
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Du
Quebec à
Saint Jacques de Compostelle
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Si vous avez pérégriné sur
les chemins de Saint Jacques, ces dernières années, vous
avez dû remarquer qu’il y a un nombre de plus en plus important
de pèlerins Québecois, cheminant vers Compostelle.
Cela n’a pas échappé au chroniqueur Pierre Foglia du journal LA PRESSE de Montréal,
qui a écrit l’article suivant dans l’édition du 18 Mai 2002 :
"Jésus envoya l'apôtre Jacques évangéliser l'Espagne. La légende veut que
Jacques ait échoué et qu'il revint penaud en Galilée où le roi Hérode le fit
décapiter. On mit son corps dans une barque que le vent poussa vers l'Espagne,
Vers la fin du VIIIe siècle un ermite eut en songe la soudaine révélation que
les reliques de saint Jacques se trouvaient en Galice. Et de fait, on les trouva
là où le moine le disait, enfin on a trouvé des trucs qu'on a mis dans un tombeau.
On a bâti sur ce tombeau une vaste cathédrale, puis une ville, Santiago de Compostela
où les pèlerins commencèrent à affluer de toute l'Europe".
Tu ne crois pas à cette
histoire quand même ?
Eric Dextraze ne croit
en rien. Mais il ira quand même à Saint-Jacques-de-Compostelle à pied.
Seize cents kilomètres par un sentier qui part du Puy-en-Velay,
suit la crête des monts d'Auvergne, traverse les Causses,
le Béarn, le Pays Basque entre en Espagne par le col du
Bentarte et file jusqu'à la mer ou presque, en suivant
le Camino Frances. La plus vieille de toutes les routes
qui mènent les pèlerins à Santiago.
Geneviève, la blonde
d'Eric, croit, elle, un peu en Dieu, à Pâques, à Noël,
ces affaires-là. Mais ce n’est pas pour ça. C'est pourquoi
alors ? Un petit couple moderne sans enfants. Belles jobs.
Geneviève, 30 ans, agente de communication au gouvernement
fédéral, permanence, bon salaire.
Eric, 32 ans, travailleur autonome en informatique. Deux
autos. Une maison. Un chien. Autour de 150 000 $ de revenus
annuels à eux deux. Mais leur envie
de décrocher de tout cela est si grande, si pressante, que Geneviève n'a même
pas demandé un congé sans solde ; elle a démissionné. Ils viennent de vendre
la maison, Geneviève son auto.
Ils partent à la fin du mois. Leurs billets sont achetés. Paris, puis le train
jusqu'au Puy-en-Velay. En marchant 20 kilomètres par jour, devraient arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle
début septembre. Après ils ne savent pas. Ils partent avec un sac à dos et
leur bâton de pèlerin. Dans le sac d'Eric il y aura deux pantalons, trois t-shirts,
un sac de couchage, un truc pour la pluie. Un carnet pour écrire son journal
de voyage.
En fait, leur voyage
est commencé depuis un an, ils sont en train de vivre l'étape
la plus dure parce la plus immobile : le renoncement. Ce
ne serait pas si difficile s'il n'y avait les voisins,
les amis, la famille qui s'inquiètent forcément. Mais enfin
! Vous n'êtes plus des ados ! Vous ne retrouverez jamais
d'aussi bonnes jobs. Vous devrez repartir à zéro. Vous êtes
fous. Votre hypothèque était presque payée. C'était le
temps de faire des enfants.
Eric et Geneviève n'ont rien répondu. Ils sont eux-mêmes pleins de questions.
Pas les mêmes. Celle-ci par exemple : Pourquoi courir ? Que se passe-t il quand
on arrête de se dépêcher pour aller travailler, de se dépêcher pour arriver à l'heure
au cinéma, de s'agiter tout le temps comme si on était des clips ambulants
ou les personnages d'un jeu d'ordinateur? Quel lien peut-on avoir avec la communauté quand
on n'a plus de lien avec soi-même, quand on est toujours en train d'écouter
quelque chose par peur du silence, toujours en train de regarder quelque chose
par peur de se retrouver seul. Que reste-t-il de nos liens avec le monde quand
on coupe la télé, le téléphone, l'ordinateur ?
Est-ce que le temps s'arrête quand on jette sa montre ? Holà ! Les enfants,
ne poussez pas. Le temps arrêté, cela s'appelle tout simplement des vacances.
On ne fait pas table rase pour cela… ça n’a rien à voir avec des vacances.
Nous ne voulons pas nous reposer. Nous ne sommes pas fatigués. On ne voit pas
la vie comme un match de basket ball, on ne veut pas de « time out » On veut
du temps libre.
Vous aviez les moyens de courir le monde... On vient de vous
dire qu’on veut
arrêter de courir. C'est n’est pas pour commencer à courir le monde. On veut
marcher le monde. Se désintoxiquer par la lenteur.
Ah ! la lenteur. C'est Le beau livre de Kundera. La Lenteur.
Vous devriez l'emporter dans votre sac à dos. On y parle justement de perdre son temps en "se jetant
par les fenêtres du Bon Dieu".
Tiens revoilà Dieu. Etes vous bien sûr que vous n’allez pas à sa rencontre
sur ce chemin de Compostelle ? C’est un pèlerinage après tout.
On me dit qu'ils sont près de 5000 comme vous, de tous les pays, à faire ce
même chemin à pied chaque année, avec leur bâton. On me dit que beaucoup partent,
comme vous, sans arrières pensées religieuses, et puis en chemin, ils tombent
soudain sur Lui. Moi. Si je faisais ce voyage, c'est ce que le redouterais
le plus. Partir pour me retrouver, et le trouver Lui ! Je veux dire le vide.
Enfin cette sorte de vide pittoresque qui porte les pèlerins à l’élévation
et à la prière …
J’aurais peur de trouver Dieu sur le Chemin de Compostelle comme on trouve
une vahiné avec un collier de fleurs quand on atterrit à Tahiti.
J’ai très peur du pittoresque. Même à pied.
Vous saviez que le premier guide touristique jamais écrit dans l’histoire de
l’humanité, date de 1341, et que c’était justement un guide destiné aux pèlerins
qui vont du Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle ? On y disait comment éviter
les brigands, où étaient les relais, où se restaurer d’une hure de sanglier.
Saviez-vous que mille ans plus tard, on trouve des cybercafés
sur le chemin de Compostelle ?
Allez, bon voyage. Donnez de vos nouvelles. On ne vous en donnera pas des nôtres
pour ne pas troubler votre silence.
|
LE
CHUCHOTEMENT DE COMPOSTELLE |
Retraite
! Redoutable repli sur soi ou chance de retraite-ment …
Tuer le vieux personnage honteux,
faire le deuil des poisons de l’âme (alcool, tabac) et
tel Saint Paul, mon Patron, trouver mon chemin de Damas,
le Chemin
de Compostelle.
Un seul appel , un appel direct, à voix basse, le 10 Juin 1997, et par cet appel,
le vieil homme survit à sa honte, avec l’aide aussi de sa femme et de sa fille,d’amis
et compagnons futurs. Encore fallait-il être attentif, sinon disponible, à ce
chuchotement de l’Esprit. Un an auparavant, l’arrêt définitif de l’alcool, entourage
et médecins aidant, avait permis de dissiper de lourdes brumes et de
retrouver la Foi.
L’Espérance et le Bonheur en pleine Lumière ! Cette Lumière qui m’indiquait la
route à suivre. Le Christ ne m’avait donc pas abandonné. Le moment était venu
de changer de peau et de me retrouver, identique à moi-même, profondément. Saint
Jacques de Compostelle aura d’abord les traits de Guillaume, l’ami initiateur,
et une réunion chez les "Amis de Saint Jacques " à Lyon renforce ce
qui est désormais un projet ferme, et une date :Pâques 1998.
D’ici-là, préparation minutieuse, et … réflexion hivernale qui met de côté le
projet. Momentanément, car le grain ne meurt pas, et je suis prêt. Bonne forme
physique et morale, et même spirituelle. Une année de climat conjugal attentionné,
et sans stress, notre couple aussi est prêt. Lundi de Pâques, je prends le train à Lyon-Perrache
en direction du Puy, sous une neige inattendue ; elle illumine un paysage familier
que je découvre avec un regard neuf. Et c’est à pied que je me dirige vers l’Ouest,
rejoindre Monseigneur Jacques, avec qui j’ai pris rendez-vous il y a
plusieurs mois.
Solitude, et en même temps Liberté retrouvée, nourrie de réflexion et de prière,
soutenue aussi par les émissions de Radio Chrétienne de France : le baladeur
radio tient lieu de bâton de pèlerin, et rythme parfois cette marche vers Compostelle.
Histoire et Légende de Saint Jacques, chemin qui échappe à l’usure du temps,
chemin vivant, chemin qui ouvre grande la Porte du Ciel à ces humains, femmes
et hommes, qui acceptent sans plainte l’effort, la frugalité, la précarité, les
intempéries, les barrières linguistiques et … le sac qui pèse .Et voici que le
plateau Castillan, dans son immensité, révèle la rondeur de la Terre, la seule
verticalité étant celle du clocher roman qui attire l’œil vers le haut.
Là, mes racines charolaises et latines vibrent à la vision d’une Abbaye dont
la richesse d’accueil des moines et l’ambiance chaleureuse des pèlerins évoquent
la grande époque de Cluny. D’autres visions, parfois celtiques ou romaines, rappellent
au souvenir cette terre bourguignonne de compagnons bâtisseurs qui ont semé leur
savoir, construit et orné des églises, des cathédrales, des monastères. Nous
autres, compagnons pèlerins, ressentons tout cela, chacun à sa manière,
selon sa foi ou son besoin spirituel.
J’ai compris que ce n’est pas l’arrivée à Saint-Jacques de Compostelle qui est
l’aboutissement, mais bien le Cheminement en direction du tombeau du Saint. Si
ce pèlerinage confère un nouveau sens à ma vie, c’est bien par cette Lumière
du Champ des Etoiles, conscience de l’Ailleurs.
Arrivée le 4 Juin 1998, pour la Sainte Clotilde, fête de Maman à qui je dédie
ce texte.
Depuis … Maman nous a quitté, elle allait vers ses 96 ans, heureuse d’avoir pu
voir son fils "à la télé" sur le chemin de Compostelle… cette fois
avec ARTE je reprenais la route à vélo dès Pentecôte 1999.
Ces deux parcours ne se comparent pas : l’un permet en 2 mois, grâce à la marche,
une recherche plus personnelle et spirituelle ; l’autre plus court (1 mois seulement
!) demande presque autant d’efforts mais facilite une approche plus culturelle,
des visites de monuments plus nombreuses !
Car s’il est des marches où l’on se fuit … où l’on se perd, il est heureusement
des marches d’espérances et de joie où l’on se cherche et où l’on se trouve … à chacun
sa route, mais quand nos routes se croisent, c’est un jaillissement d’étoiles
au "Campus Stella ".
Aujourd’hui je me prépare pour mon chemin vers Jérusalem avec le secret espoir
d’être, parmi d’autres, un Pèlerin de la Paix.
Mais jamais je n’oublierai ce chemin de Compostelle qui me colle à la
peau.
Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense aux amis rencontrés, à ces
fabuleux paysages que nous avons traversé avec ou sans ampoules, avec ou sans
tendinite, à l’étape et à son ambiance chaleureuse, à son cortège d’odeurs,
de ronflements mais, et surtout, de joie de vivre.
C’est peut-être cela le mystère du pèlerinage et le désir intense de m’approcher
de l’Etre Suprême.
Ainsi, avec Péguy,
"Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
Quand nous aurons posé la cape et le manteau,
Quand nous aurons jeté le masque et le couteau,
Nous nous rappellerons nos longs pèlerinages "…
En chemin …
PAUL JAME / NOEL 2001
TEL/FAX:04.78.56.54.51
E-Mail : paul.jame@wanadoo.fr
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" EN
ROUTE " SUR UN CHEMIN " MOTORISE" VERS
COMPOSTELLE ...
A pied en
1998, en vélo en 1999, cette année en autocar
: ce chemin n'en finit pas de me coller à la
peau !
Mais pourquoi, cette fois-ci un voyage organisé en groupe? Fallait-il être
aussi stupide, pour dissimuler ma "folie Compostelle"?
Mon devoir n'était-il pas de faire partager mon émotion ?
L'occasion m'était fournie par l'Association "Philomène de Lyon" et
sa cohorte empreinte d'une originalité Jacquaire. L'organisation de ce projet
m'a demandé cette fois un effort nouveau qui n'était plus physique: alors de
quel effort allons-nous parler?
Tout simplement savoir écouter et partager.
En quelques mots, une pérégrination de 13 journées et surtout de 13 nuitées:"caser" tout
le monde au bon moment, avec la bonne personne … et au bon prix n'est pas chose
aisée, car la vie au sein d'un groupe n'est pas toujours de tout repos et nécessite
parfois un effort à celui qui n'y est pas forcément enclin. Heureusement une
minutieuse préparation au sein d'une équipe soudée ne m'autorisait aucune fantaisie
.
Un travail de préparation, de partage et de cheminement avait débuté une année
avant le départ.
Ainsi, petit à petit ce chemin se dessinait, parfois dans l'enthousiasme, parfois
dans l'imprévu.. Quel bonheur de cheminer à nouveau à pied sur ce chemin de
traditions. Ce plaisir fut hélas trop souvent contrarié par une organisation
bien légitime.
Il est bien évident que pour tout pèlerin, la marche est un moteur, mais le
but de "Philomène de Lyon" n'est-il pas d'associer la rencontre avec
Monseigneur Jacques et un parcours touristique pour les non marcheurs qui souhaitent
découvrir les sites, les monuments, les retables …
Avons-nous eu des ampoules ? … Avons-nous eu un "ressenti Compostelle" ?
Au milieu d'un groupe indéfini aux motivations incertaines, aurais-je
eu, pour ma part :
Un voyage
d'agrément,
Un pèlerinage traditionnel,
Où une rencontre entre amis, anciens pèlerins
?
|
Eh
bien, je l'avoue, souvent j'ai été le Témoin
et le Confident du long Cheminement Intérieur
de certains participants.
Une fois de plus, nous avons la preuve qu'il
n'est pas anodin de partir à la
recherche de l'Etoile de Compostelle, que nous, Pèlerins, avons eu la chance
de voir scintiller en nous.
A nouveau, la folie Compostelle allait se manifester pour certains par le désir
intense de marcher sur les pas de nos compagnons pèlerins …loin, seul et à pied.
Pèlerin, atteindras-tu " l'autre rive " ?
Paul
JAME
COMPOSTELLE MAI 2002
E-mail: paul.jame@wanadoo.fr
http://jamelyonjerusalem.monsite.wanadoo.fr/
" …Ultreia…Ultreia …e
sus e ia…en car , c'est cool…et je n'ai pas
d'ampoules…"
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Le
Chemin d'Ostende à Saint Jacques de Compostelle
Témoignage
d'une pélerine belge
|
L'année
passée, j'ai fait le pélerinage à Compostelle à pied,
en partant d'Ostende.
Je suis partie le 13 mai. J'avais une petite
tente avec moi. En partant à l'improviste,
je n'avais ni de plan, ni d'entrainement.
Au contraire, j'avais eu le pied dans le plâtre jusqu'à la fin du mois
d'avril. La rééducation s'est faite le long de la route.
J'ai suivi la côte jusqu'en Normandie, puis je suis allée à Lisieux où il
m'a été possible de rester quelques jours.
Puis j'ai continué par les tous petits chemins vers Alençon, Partenay,
St.Jean-Angelys, Saintes, Talmont, Royan - le bac - Soulac, Arcachon, puis à travers
les Landes vers Ostabat et St.Jean-Pied-de-Port, puis le "camino frances" en
Espagne.
Le chemin était long, mais pas ennuyeux du tout. Aussi je n'avais pas l'impression
d'être seule.
Pendant le voyage, plusieurs choses extraordinaires se sont produites.
L'une d'elles est le fait que j'ai reçu des prières, deux seulement, mais
d'une manière étrange. On m'a dit récemment que c'était de l'écriture intuitive.
J'explique:
Une nuit peu après Lisieux, je me suis réveillée la nuit avec quelques
mots dans la tête et le sentiment que je devais les écrire sur un bout
de papier.
Alors je l'ai fait. Je me suis rendormie et cela s'est reproduit plusieurs
fois le long de la nuit. Le matin, j'avais quelques lignes, qui semblaient
faire un ensemble. Comme une prière, ou comme un programme de méditation
ou même de vie. Très très court, mais plein de sens, au moins pour moi.
Ce qui est étrange, c'est que les mots étaient en Anglais. Pourtant je
parle le Flamand et, voyageant en France, je parlais Français depuis des
semaines.
C'était comme ca :
To
love Him
To honour Him
To give all
To accept all
(L'aimer, l'honorer, tout donner, tout
accepter)
Plus tard en marchant en Espagne près de San
Juan de Ortega, dans la montagne et les bois,
soudain cette prière m'est revenue en mémoire,
et était completée
par quelques phrases.
Alors depuis c'est comme ça :
To
love Him
To honour Him
To give all
The good and the bad
The beautifull and the ugly
To accept all
and to cheer it,
whatever it may be.
(l'aimer, l'honorer, tout donner, le bien
et le mal, le beau et le laid,
tout accepter, et s'en réjouir, quoi qu'il puisse être)
L'autre prière date du 15 août 2002.
Arrivée le 14 août au nouveau refuge de Tosantos, j'ai retrouvé quelques
autres pélerins et nous avons passé une soirée vraiment très joyeuse. Aussi
sommes-nous allés ensemble à l'église le soir, et après, au refuge, on
nous a demandé d'écrire un petit quelque chose (une intention pour quelqu'un
ou une demande), sur un petit papier et de le mettre dans un bocal. On
le lirait le lendemain soir à l'église avec les nouveaux arrivés.
Je ne l'ai pas fait parce-que je ne voulais rien demander. J' avais
l'impression de recevoir déjà tant. Mais le matin, pendant le petit-déjeuner, et comme
j'étais une des dernières (comme d'habitude), ils commençaient déjà à regarder
les petits papiers dans le bocal.
Alors on m'a demandé directement si j'avais mis aussi un petit papier dans
le bocal. Comme je ne voulais pas mentir j'ai dit non. Ils ont insisté pour
que je me mette à table pour écrire un petit mot avant de partir.
Donc je me suis assise dans un petit coin et je me
suis dit que je ne voulais rien demander, seulement écrire quelque
chose de beau.
A cet instant j'ai entendu en moi une voix qui me
disait des mots - aussi en anglais - c'était comme
un dictée à l'école - la voix disait une phrase,
j'écrivais, et la voix attendait que j'aie fini d'écrire, puis
elle continuait avec une autre phrase etc. Très drôle. Mais après
quelques minutes, j'avais une prière sur papier - c'était même
indiqué comment je devais écrire (pour
les 3 premières phrases).
Je n'ai pas l'impression d'avoir fait cette prière moi-même, on me l'a
dictée. C'est pourquoi maintenant je ressens le besoin de la partager.
Ce n'est pas seulement pour moi :
My
Love,
I only want to tell you,
how much I love you.
I only want to thank you,
for holding me in your hand.
I only want to say you,
how I enjoy you to be always with me.
So I give you this Camino in Love. To thank
you for my past and to ask
strenght for the future.
So that I can be what you want me to be,
that I can do what you ask me to do,
that I can follow the way you choose for me, and
not the one I prefer.
Mon Amour,
je veux seulement te dire
combien je t'aime,
je veux seulement te dire
merci de me tenir dans ta main,
je veux seulement te dire
quelle joie ça me donne de te sentir
toujours auprès de moi.
Alors, je te donne ce Camino par amour,
Pour te remercier pour mon passé, et pour demander la force pour le futur.
Pour que je puisse être
ce que tu veux que je sois,
Pour que je puisse faire
ce que tu me demandes de faire,
Pour que je puisse suivre
le chemin que tu m'as choisi et non celui que je
préfère.
Rita
Lootens - Belgique |
Bonjour Suzanne,
J'habite à Reutlingen, c'est dans la région
de Stuttgart.
Le journal de bord de ton mari est splendide,
je l'ai lu jusqu'au bout et j'ai été fasciné par
la façon de raconter les péripéties sur le chemin. J'ai
retrouvé ce que j'ai moi-même connu.
J'ai eu la chance en 2003, de faire le chemin avec ma fille et surtout on a
eu la chance de faire partie d'un petit groupe qui s'est trouvé sur le chemin
avec le père Christian un moine autrichien à la retraite, qui a
une petite paroisse avec une église St Jacques.
Ce fut un vrai pèlerinage, une recherche personnelle et une communion.
J'avais de grands problèmes avec ma hanche mais j'étais heureux
d'être sur le chemin.
Le jour d'arrivée à Santiago a été un moment de grandes émotions,
et la messe dite par Christian dans la chapelle de St Jacques pour notre petit
groupe, dans le lieu qui est le but de notre pèlerinage est pour moi
aujourd'hui une grande source de joie qui coule dans ma vie quotidienne.
Je te dis à bientôt et passe le bonjour à ton mari.
Ultreia
Maurice |
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