PAKAKONK !


Mars 2005, l’occasion m’est donnée de passer Pâques à Conques.

Je ne vous décris pas l’émotion de la nuit pascale dans l’Abbatiale, avec pour seul éclairage les cierges... non, je vais vous raconter un moment de Bonheur vécu sur le Chemin.

C’est le dimanche après-midi, je flâne à l’accueil des Prémontrés lorsque j’entends la douce voix de Pauline, admirative devant un pèlerin : il est déjà passé en décembre, et revient de la « Fin des Terres ».
Très jeune, grand, mince, une chevelure blonde ondulant comme les blés au soleil, une barbe frisottante assortie, le teint coloré par les frimas endurés, il écoute en souriant l’éloge qui semble lui passer au-dessus de la tête. Son sac sur le dos, il passe devant moi pour se diriger vers le dortoir… et je m’entends proférer : « J’ai vu un Ange… » Je le répète, les autres sourient… Je suis manifestement sous le charme…


L’ « Ange » s’installe, posant son sac pour occuper le lit au dessus de celui de M... avec qui je suis venue à Conques. Celle-ci lui proposera un autre lit vacant… tout le monde ne peut pas apprécier d’avoir l’ombre d’un Ange en ciel de lit…


Le soir dans l’Abbatiale, il savoure les accords angéliques de l’orgue de Frère Jean-Daniel et ses jeux de lumière.

Au petit matin, de retour vers mon lit pour me recoucher car tout le monde sommeille encore, je trouve « mon Ange » assis sur le sien, un peu hagard. Je m’agenouille devant lui pour bavarder un moment. Nos chuchotements provoquent le réveil de M... qui manque de tomber à la renverse et s’exclame : « Quel spectacle ! »

Au réfectoire, nous en apprenons plus sur cet « Ange » : parti de Bavière en octobre, il suit le chemin, proposant un coup de main en échange du gîte et du couvert. Il rentre chez lui, toujours à pieds. Il a eu ses 21 ans sur le chemin. Lorsqu’il nous dit : « c’était le 24 décembre… » je ne peux m’empêcher de penser en souriant intérieurement: « ce n’est pas un Ange… c’est … Jésus Christ ! »

Moi qui redoute de partir seule sur Le Chemin, ce garçon m’a donné, sans le savoir ni le vouloir, une sacrée leçon.
Leçon de courage, d’opiniâtreté, de simplicité et de confiance en la Providence. C’est sans doute grâce à lui qu’au retour de Conques j’ai pu dire :
« C’est décidé, cet été, s’il plaît à Dieu, je prends sandales, besace, bourdon, chapeau et coquille … et je fais un bout du Chemin. »

En confidence l’Ange m’a révélé qu’il n’était pas baptisé, et que cela ne faisait pas partie de ses projets… Mais, que je sache,… un Ange, c’est au-delà de tout ça, ...par essence !

Marie-France Gravejat avril 2005