« 2 avril 2006 ! 7 heures sonnent au clocher de Villieu . Je viens juste de refermer le portail de la maison . Une photo … Un bisou … Et le premier pas .
Le sac bien arrimé, je m’éloigne non sans jeter de fréquents coups d’œil derrière moi … Un caillou à la croix de mission … Le passage à niveau …
Passe, passe …Un dernier regard vers ce qui fut …
L’air est vif et j’avance d’un bon pas dans ce petit matin brumeux . Un lièvre me fait un bout de chemin … Voilà ! Je suis partie ! La plus longue marche commence toujours par un premier pas … »
Jour après jour , rivière après montagne, par les forêts et par les plaines, de ville en village, un pas après l’autre, j’ai avancé sur mon chemin … Chemin des amitiés déjà connues qui m’ont accompagnée et soutenue, des amitiés découvertes au hasard d’une halte ou d’une rencontre … Chemin de la méditation qui vous interpelle et vous montre du doigt l’essentiel … Bien sûr, le but était d’arriver à Santiago mais …n’est-ce pas le chemin qui fait le pèlerinage ? Tout ce que j’ai trouvé au bord du chemin, n’est-ce pas là le plus important ?
« 19 juin 2006 ! Monte de Gozo de bonne heure le matin … Descente rapide sur Santiago !
Je suis euphorique, je ris toute seule ; je fais le signe de la victoire aux automobilistes amusés ; je dis bonjour à tout le monde : hoy, es el grande dia !
"Je suis à Santiago ! "
« 20 juin 2006 !
Cabo Finisterre ! Borne zéro !
Sur la croix du Bout du Monde, je dépose le petit caillou que j’ai ramené de Villieu. Près de la chaussure de bronze, je brûle ma casquette ... C’est ici que tout finit … C’est ici que tout commence ! Nostalgique, je regarde ma casquette qui finit de se consumer. La fumée s’envole vers le large : qu’emporte-t-elle avec elle ?
Le Camino est fini … Un jeune brésilien me souhaite « Buen Camino en tu vida ! » Eh ! Oui, un autre Chemin commence ! »
Ce qui fait la beauté du Camino del Norte, c'est que chaque étape est un « défi qui fait appel à l'intelligence et à la créativité » comme dit Don Ernesto le Padre de Güemes ......
Le chemin est en général bien balisé. Cependant il arrive qu'une partie ne le soit pas du tout !!! mais quelle joie et quel réconfort dans votre effort quand une voiture s'arrête pour vous souhaiter "buen camino", qu'un boulanger en tournée vous offre un pain ... Le plus pénible, c'est la périphérie des grandes villes , San Sebastian, Bilbao, Santander, Aviles ... Mais je ne regrette aucun de ces petits inconvénients qui m'ont permis de vivre des moments extraordinaires, de rencontrer des gens merveilleux, sans parler des paysages au détour ... Sur ce chemin, il y a encore de la pureté, celle des débuts, l'entraide des pèlerins pour manger, pour trouver un gîte, pour raccourcir une étape trop longue, pour soutenir le moral ... Ce chemin est difficile car parfois il faut faire 40 km pour trouver un gîte ou tourner un bon moment après son étape du jour pour trouver une chambre. J'ai rencontré de nombreux pèlerins comme moi mais tout de même peu qui allaient à Santiago d'une traite , et encore moins qui soient partis depuis plus de 2 mois !!!.... Rencontres aussi d'Hospitaleros au coeur gros comme ça... Rencontres encore avec les gens du pays qui sont très fiers de « leur » chemin. Il est important de leur parler : j'ai fait une portion d'un chemin médiéval qui existe depuis l'an 960 et je n'ai pas hésité à aller frapper aux portes pour avoir la clé et visiter ces petites églises au passé prestigieux et qui ont vu passer tellement de pèlerins !
Le plus dur pour moi, devinez quoi ???? Ne pas pouvoir parler , vous aviez deviné !!! Alors j’ai parlé en français (rarement) mais aussi en espagnol, en allemand, en anglais, avec les mains et avec les pieds …!
Epilogue
Me voici de retour chez moi, auprès de ceux qui me sont chers et qui m’ont énormément manqué… Je commence à me « reconnecter », car on ne sort pas indemne d’un tel voyage !
2000km de face à face avec soi-même vous fait voir les choses de la vie d’une manière différente …
Je suis d’accord avec certains qui pensent que je suis un peu « folle » pour entreprendre de telles choses !!
Mais que serait la vie sans un brin de folie ? Et sans cela, aurais-je fait le premier pas ?
Et puis Max me le dit bien : je suis sa petite folie, son p’tit brin de fantaisie !!! rire
J’ai entrepris de réaliser un album-photos sur internet . Vous pourrez le visiter aux adresses suivantes :
de Villieu à Arles - Chemin d’Arles - Camino del Norte
Marylène |